Former, transformer, impacter : un parcours entre environnement, innovation sociale et gouvernance partagée
Sandrine Minodier a construit un parcours singulier, à la croisée de la formation, des métiers de l’environnement et de l’impact social. Son fil conducteur : utiliser la compétence comme levier de transformation durable, en misant sur l’intelligence collective et l’écoresponsabilité.
« On est aujourd’hui, dans les services essentiels, en première ligne des défis écologiques et sociaux, ce qui permet de fédérer des personnes autour de projets. »
Des débuts dans les métiers de l’environnement
Sandrine débute sa carrière chez Vivendi Environnement, futur Veolia Environnement, où elle découvre le monde des services essentiels. Elle rejoint l’Institut de l’Environnement Urbain, devenu Campus Veolia, et se spécialise dans les formations liées à l’eau, aux déchets et à l’assainissement.
« Chez Veolia, j’ai eu un vrai apprentissage de la gestion de projets complexes dans des environnements internationaux. »
Mais c’est au Moyen-Orient qu’elle franchit un cap. Entre 2009 et 2011, elle pilote à Oman la création d’un centre de formation dédié à l’assainissement, un projet structurant réunissant entreprises, ministères et partenaires académiques.
« Il fallait que les Omanais deviennent acteurs de leurs infrastructures. Nous avons construit un dispositif sur dix ans, du diagnostic des besoins à la certification des futurs professionnels. »
Ce projet deviendra un modèle régional.
En 2017, elle est nommée Directrice RSE pour la zone Afrique – Moyen-Orient, où elle développe des centres de formation et des programmes d’insertion, notamment pour les jeunes et les femmes éloignés de l’emploi.
Une approche entrepreneuriale : faire de l’impact une pratique concrète
En 2020, Sandrine cofonde, avec Pierre Minodier, Artyzen entreprise de services à la personne fondée sur une gouvernance partagée, inspirée de l’holacratie. Elle y développe une « organisation libérée » structurée autour de petits collectifs autonomes.
« À l’intérieur de ce cadre, l’enjeu est d’autonomiser et de responsabiliser le plus possible les gens afin qu’ils puissent être responsables, autonomes et s’auto-responsabiliser au sein d’un collectif, avec des règles de gouvernance claires. »
Elle crée aussi une académie de formation dédiée au secteur, transposant ses méthodes issues des services environnementaux à d’autres métiers d’utilité sociale.
Au fil de son parcours, Sandrine a également consolidé son expertise par plusieurs formations académiques structurantes : après un DUT initial en Gestion des Entreprises et des Administrations (GEA), un master en management avancé des Ressources Humaines (RH) et de la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), ainsi qu’un Executive MBA à Montpellier Business School.
Ces enseignements ont renforcé sa capacité à relier stratégie, compétences et transformation organisationnelle, un socle qui irrigue aujourd’hui l’ensemble de ses interventions.
L’ingénierie pédagogique comme architecture de la transformation
Sandrine conçoit la formation comme un véritable système d’ingénierie, capable d’accompagner des mutations profondes.
« Quand on parle d’ingénierie, on a du mal à imaginer qu’on puisse employer ce terme dans le monde de la formation. Or, on parle d’ingénierie quand on parle d’une gestion de projet de A à Z. Quand on monte un projet de formation, on s’inscrit dans une logique projet : on va partir du besoin (avec un travail d’analyse du besoin) pour pouvoir déterminer les critères du succès (les KPI), les impacts qu’on veut obtenir en mettant en œuvre une ou des formations. Là déjà, on rentre dans le monde de l’ingénierie… L’ingénierie de formation, c’est donc (…) partir d’un besoin identifié jusqu’à identification des meilleurs moyens pour permettre le développement de compétences sur le terrain. »
Son travail à Oman l’illustre parfaitement : analyse des besoins, projection des emplois à 10 ans, définition des compétences, création d’un centre de formation complet (salles, ateliers, programmes diplômants).
« Le pays faisait largement appel à de la main-d’œuvre étrangère – notamment philippine – pour les stations d’épuration et les réseaux d’assainissement.
L’enjeu était clair : créer un centre de formation qui permette de former les Omanais aux métiers de l’assainissement.
Nous avons d’abord analysé les compétences à développer, en mettant en place un comité stratégique, ou skills development workshop, rassemblant les acteurs du secteur.
Ce comité, qui devait être interne à l’entreprise, a rapidement intéressé plusieurs ministères. Je me suis retrouvée dans une grande salle, pendant deux jours, avec les représentants des métiers de l’environnement (eau, assainissement, propreté, électricité), à travailler sur la projection des besoins sur les dix ans à venir.
J’ai travaillé avec eux sur les enjeux des métiers, nous avons identifié les emplois nécessaires pour répondre aux défis du pays, puis les compétences manquantes, que nous avons comparées avec celles existantes.
De là sont nés des plans de formation triennaux pour la mise en place des programmes de formation – ce qui a permis d’identifier les formations diplômantes pour former sur la durée.
Nous avons ensuite recherché des partenaires académiques et de formation sur le territoire, et créé un centre de formation, doté de salles pour la théorie et d’ateliers techniques pour la pratique. »
Le programme SMILE : pédagogie active
Face au mécontentement des citoyens à Mascate concernant les travaux d’assainissement, Sandrine conçoit le programme SMILE pour Haya Water : une formation d’une journée destinée à transformer chaque collaborateur en ambassadeur de l’entreprise.
Des formateurs internes sont mobilisés, des parcours co-construits, un objectif clair : réconcilier service public et usagers. Un modèle de pédagogie active, ancré dans le réel, qui transforme durablement les pratiques.
« Chaque collaborateur devait devenir un ambassadeur de son entreprise.
Le slogan choisi : Short pain, long gain. »
Une approche globale de l’éco-responsabilité
L’éco-responsabilité, pour Sandrine, est une démarche à 360° :
« Aujourd’hui, j’intègre les enjeux écologiques dans tous mes contenus, pas seulement sur les « formations vertes » qu’on voit par effet de mode. »
Elle privilégie les formats frugaux, les pédagogies actives, les dispositifs moins carbonés, et intègre systématiquement la dimension environnementale, sociale et économique dans ses contenus.
Les dispositifs de formation en situation de travail (AFEST) : un levier d’autonomisation
Certifiée sur la Formation en Situation de Travail (AFEST), Sandrine utilise cet outil pour renforcer la réflexivité et l’autonomie des professionnels.
« C’est un dispositif qui permet à une personne de prendre du recul sur sa pratique professionnelle.
On identifie d’abord les compétences clés nécessaires à sa performance, puis on l’invite à les analyser à travers des questionnements réflexifs.
Au lieu de lui dire ce qu’elle fait bien ou mal, on lui demande de décrire ce qu’elle fait, d’analyser ce qui marche ou pas, puis de proposer elle-même des solutions. »
L’AFEST valorise et responsabilise, ainsi, les individus qu’elle accompagne. « Je crois profondément au potentiel de chaque personne, affirme Sandrine. Dès qu’on identifie la compétence à faire évoluer, on peut utiliser l’AFEST comme levier puissant pour accompagner ce changement. ».
Rejoindre AWESOME : retrouver le terrain des services essentiels
Rejoindre AWESOME s’est imposé naturellement.
« Je suis quelqu’un qui aime avoir de l’impact. Lorsque Patrice Fonlladosa m’a proposé de rejoindre le collectif, ça faisait sens. Continuer dans les services essentiels est essentiel pour moi (…), avec une dimension écologique encore plus forte. »
Sandrine y retrouve l’impact concret, la dimension internationale et un collectif d’experts engagés, autant d’éléments qui lui sont chers. Elle apporte une expertise unique : la structuration des compétences au service de projets de transformation dans les secteurs de l’eau, de l’énergie et des services essentiels.
« Il faut être créatif pour développer des compétences avec très peu de moyens. C’est là que j’ai une compétence ajoutée. »
Une trajectoire portée par l’impact et le collectif
Du développement de centres de formation en Afrique et au Moyen-Orient à l’entrepreneuriat social, en passant par l’accompagnement de réformes sectorielles, Sandrine poursuit une même ambition : renforcer les capacités, valoriser les compétences et soutenir des transformations à fort impact.
« Tant en Afrique qu’au Moyen-Orient, je ne me suis jamais sentie aussi utile à chaque fois que j’intervenais dans mon domaine de compétences. J’en éprouvais une vraie satisfaction, c’était plus qu’un métier, c’était une passion pour moi. »
